search instagram arrow-down
Mathilde L'Azou

« Soyez fiers d’être des amateurs », pour reprendre un certain président de la République. Et pourtant, c’est tout un monde qui se trouve aujourd’hui en détresse. A l’image des salles de théâtres, des cinémas. Je ne vous parlerais que du sujet que je connais, non pas en tant qu’entrepreneuse dans le monde du sport, mais en tant que passionnée et licenciée d’un club d’athlétisme.

Les enfants ont besoin de se défouler. Ils ont aussi besoin d’exemples à suivre, de héros de jeunesse qui leur donnent envie de sortir. Pour leur santé, et leur bien-être. Les adultes ont besoin d’une porte de sortie. La situation dodo – télétravail – dodo, est de moins en moins acceptée. La séance de sport post-boulot est bien souvent un défouloir. Un moment à soi, pour décompresser, être de bonne humeur avant de rentrer chez soi.

Que reste-t-il désormais, passé 18 heures ? A part Netflix, et ce quotidien qui se ressemble et qui ennuie.

Le monde du sport permet aux jeunes de respecter des valeurs qui se perdent : dans une société de plus en plus individualisée, la pratique d’un sport ramène sur la table les notions de travail d’équipe, de dépassement de soi. De solidarité, aussi. On attend toujours le dernier copain pour repartir sur la dernière série de 400m. On prend soin du coéquipier qui s’est tordu la cheville en voulant tirer au but. On apprend le respect des horaires et la rigueur, à l’entraînement.

Pourquoi ne pas valoriser le travail des associations sportives, en autorisant la poursuite des activités après 18 heures pour celles et ceux qui ont pris une licence ?

Ce serait l’occasion de sauver le sport amateur, en chute libre depuis des mois. Ce serait le moyen de rendre au sport ses lettres de noblesse. Tout le monde connaît les bienfaits d’une activité physique sur le système immunitaire, pourquoi faut-il encore et toujours la supprimer, la réduire au néant ?

Nous avons beau être champions du monde de foot, parmi les meilleurs en hand, avoir dans nos rangs Teddy Riner ou Kévin Mayer… Nous avons beau organiser les Jeux Olympiques dans trois ans… La France n’est pas un pays de sport. Qui revendiquerait un tel mode de vie, en instaurant une règle de 1h/1km ? En faisant la sourde oreille aux cris d’alarme des associations ?

La France n’est pas un pays de sport.

Il ne faut pas se faire d’illusions. Les licenciés, que toutes les fédérations ont perdus, ne reviendront jamais. Trop cher, trop d’incertitudes sur le calendrier, pas rentable pour une interdiction de pratiquer la moitié de l’année. Ce trou béant ne sera jamais rebouché, entraînant une baisse du niveau, la disparition de nombreux clubs. Mais aussi la petite mort de nombreux villages, dont l’animation était bien souvent faite par le club de foot ou l’équipe de gym rythmique du coin.

Et il faut les comprendre. Qui voudrait mettre 100 euros dans une licence, sans pouvoir s’entraîner ni avoir de perspectives de compétition ?

Les jeunes, qu’on aura incité à consommer des écrans pour avoir la paix après une longue journée de télétravail, ne reviendront plus souffrir sur une piste d’athlétisme. Puisque le sport, à l’instar de la culture, a été déclaré comme « non-essentiel ». C’est sûr qu’il vaut mieux se gaver de fast-foods sagement assis sur son canapé pour lutter contre les virus, plutôt que d’être dehors à pratiquer une activité physique.

Alors oui, nous trouverons des solutions. Nous mettrons notre réveil à 5h30 du matin, pour une séance à 6h30. Nous sacrifierons nos pauses-déjeuner. Et nous regarderons ces images, de trains ou de métros bondés, en se demandant ce qu’il y avait de mal à courir en extérieur, passé 18 heures.

3 comments on “Lettre à mon sport amateur

  1. Albagnac Nathalie dit :

    Tout est dit ! Bravo pour cet article si bien écrit !!!
    Tant d’énergie dépensée pour donner le goût de l’effort aux pratiquants et à nos enfants… La douceur du canapé des écrans risque de gagner du terrain 😔
    Il faut se battre et garder espoir… Merci de nous y aider avec votre message 😊
    Sportivement
    Nathalie

    J'aime

  2. Clito david dit :

    J’ai pris plaisir à lire votre article, mais aussi avec un tel désespoir qui m’envahit depuis plusieurs semaines. Je pratique la course à pied depuis longtemps, Je ne vois pas moi aussi où est le mal à courir après 18h. Surtout quand je vois le monde qu’il y a dans les supermarchés. J’ai deux fils qui font du sport . Je désespère de les revoir faire de la compétition . La compétition me manque énormément et a eux aussi. Mais comme vous le dites si bien, la France est un pays qui n’aime pas le sport.

    J'aime

Votre commentaire
Your email address will not be published. Required fields are marked *

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :