Paris-Roubaix, ce n’est qu’un « à bientôt »

Demain aurait dû avoir lieu Paris-Roubaix. Mais cette fois-ci, l’Enfer est ailleurs que sur les rudes pavés du Nord. La course se déroule dans les couloirs de l’hôpital, des EHPAD, où le défi à remporter est bien plus grand qu’un Monument. Paris-Roubaix, cher Enfer du Nord, si chéri et si craint par la plupart du peloton, nous nous reverrons. 

Il y a plusieurs façons de vivre Paris-Roubaix. La plus simple, déjà, mais non moins passionnante : celle que l’on a tous et toutes connues, c’est à dire avachi sur son canapé, à ne rien manquer de la course. On se dépêche de finir l’entraînement du matin, on avale vite fait le poulet rôti de mamie, et on se presse devant le poste. C’est peut-être la seule course de l’année où l’on ne veut rien manquer, de peur que tout se joue dès le départ. Une échappée, une chute, tout peut si vite arriver. Et la magie de la télé fait qu’on ne manque rien, on voit nos idoles souffrir, on découvre de nouveaux héros. Paris-Roubaix, c’est l’épreuve qui fait rêver ton grand-père, qui a connu les victoires de De Vlaeminck ou Gimondi, ton père, et tes potes bercés aux exploits de Boonen et Cancellara.

 

Et puis il y a le terrain. Rien ne vaut l’adrénaline, la tension, les émotions vécues sur place. Le cyclisme a cette particularité qu’il se déplace de ville en ville. Chaque course a sa propre identité, crie son histoire au travers des parcours pensés par les organisateurs. Difficile de ne pas penser au passé minier de la région, de la dureté du travail à l’époque, quand on passe dans certains villages, quand on entame ces fameux pavés qui terrifient la grande majorité du peloton. Les cadors ne vous le diront sans doute jamais, mais ils ont peur de cette course. La moindre erreur de placement, d’attention, peut être fatale. Un souci mécanique, une chute, peuvent vous coûter la victoire voire bien plus.

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Certains ne se relèvent d’ailleurs jamais. Difficile de ne pas évoquer le jeune Michael Goolaerts, décédé en 2018. Ce jour-là, j’aurais aimé me souvenir de l’ambiance unique qui anime les secteurs pavés. J’aurais aimé pouvoir encore vous décrire les cris, la musique, l’odeur de frites et d’alcool, et ces frissons quand le peloton passe. J’aurais tant pouvoir dire ce jour-là, à quel point cette course est unique, magnifique. Mais comme cette année, l’important était ailleurs. Cette année-là, un jeune homme de 23 ans a perdu la vie alors qu’il était sur son vélo, à accomplir ses rêves d’enfants. Cruel destin, cruel cyclisme. A l’heure où le peloton mondial est à l’arrêt, cela nous rappelle qu’il y a des enjeux bien plus importants que des points UCI, ou qu’une ligne supplémentaire au palmarès : la vie et la santé n’ont pas de prix.

« Les portes de l’Enfer mènent au paradis ». Le cyclisme est impitoyable, sans pitié, et cela se vérifie plus que jamais sur Paris-Roubaix. Nombreux sont ceux qui ont rêvé d’accrocher à leur palmarès la reine des classiques. Nombreux s’y sont cassé les dents. De ces pavés naissent de véritables légendes. Tom Boonen, Fabian Cancellara, Johan Museeuw sont forcément des noms qui nous parlent, qui restent ancrés dans l’histoire de l’Enfer du Nord. On les a vus virevolter, triompher dans le vieux vélodrome de Roubaix. Mais on les a vus aussi perdre, rendre les armes face à une course toujours imprévisible.

Le vélodrome de Roubaix a vu passer, au fil des années, de nombreux héros. Des vainqueurs à ceux, hors-délais, qui tiennent à aller jusqu’au bout. Car Paris-Roubaix est peut-être la seule épreuve du calendrier, où rallier l’arrivée est déjà une victoire en soi. L’Enfer du Nord est fort de ses histoires, qui concernent les grands champions, mais aussi les coureurs moins connus du grand public. La destinée d’Evaldas Siskevicius nous rappelle que rien n’est acquis dans la vie, et qu’il faut s’accrocher coûte que coûte pour voir ses rêves se réaliser. En 2018, le coureur lituanien ne termine pas dans les délais, mais parvient à rallier le vélodrome de Roubaix au terme d’une journée surréaliste : crevaison à Arenberg, seul devant la voiture balai alors qu’il reste 70km, nouvelle crevaison dans le carrefour de l’Arbre, à devoir récupérer une roue dans la voiture de son DS qui est… sur une dépanneuse. Mais jamais il n’a songé à mettre le clignotant. L’année suivante, Evaldas Siskevicius termine 9e de l’Enfer du Nord.

Cette année encore, nous aurions aimé voir Sagan et compagnie se livrer bataille dans Arenberg. Nous aurions aimé vivre cette ambiance si particulière. Vibrer devant les exploits des uns et des autres. Entendre de nouveau le fracas des roues sur les pavés, voir les rictus de souffrance sur chaque coureur qui passe. Revivre ces émotions si particulières à l’intérieur du Vélodrome, quand chaque héros qui voit son calvaire achevé, s’allonge sur l’herbe et tente de récupérer son souffle. Mais l’Enfer est ailleurs cette année, et le combat vaut bien plus que n’importe quel Monument. Nous nous reverrons, Paris-Roubaix.

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