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Mathilde L'Azou

Aujourd’hui, je prends le temps d’écrire ces quelques mots, car j’ai une forte pensée pour vous, les organisateurs d’épreuves. Professionnels ou amateurs. Ces derniers jours ont été comme une hécatombe. Aucune épreuve en avril. La prochaine course World Tour serait, pour l’instant, le Critérium du Dauphiné. Pas de Primavera. Pas de Paris-Roubaix, de Tour des Flandres. Pas d’Ardennaises. J’ai une pensée pour vous, messieurs et mesdames les organisateurs. Je ne me fais pas trop de soucis pour les classiques, qui devraient, je l’espère, trouver une date de report dans l’année, ou qui devraient arriver à se remettre de cette non-édition 2020. Mais combien de courses peuvent envisager sereinement 2021 ? Nombre de ces épreuves, qui comptent notamment pour la Coupe de France, reposent sur la passion et l’abnégation de bénévoles, qui passent leur temps à se battre pour décrocher des subventions, pour obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités locales. Pour survivre, année après année. Permettre aux coureurs de s’exprimer, de faire le spectacle. Permettre aux jeunes de rêver, de s’imaginer en héros du Tour de France. De créer des vocations. Et faire vivre, un dimanche par an, tout un village, tout un district. Car le vélo est et restera ce sport gratuit, ce théâtre sportif à ciel ouvert, cette fête populaire où ses idoles sont accessibles.

J’ai une pensée pour mon cher Tro Bro Léon, la course qui a bercé mon enfance. L’épreuve dont il me suffisait d’ouvrir les volets de ma chambre, pour pouvoir être aux premières loges pour l’arrivée. Une course magnifique, somptueuse, qui mérite d’être mise en avant, d’être télévisée à échelle nationale. J’ai une pensée pour Jean-Paul Mellouët, le « Druide » organisateur, qui se bat chaque année pour faire exister son épreuve.

J’aimerais vous dire que vous n’êtes pas seuls. Que nous serons là l’an prochain, pour vous aider à vous relever. Pour faire en sorte que cette course, et les autres, continuent d’exister. Ce sera alors le moment de prouver, que le cyclisme est le plus collectif des sports individuels. Et non l’inverse.

A Abu Dhabi, nous avons été le premier événement sportif à être annulé en cours de route suite à des cas de coronavirus. Là-bas, nous avons toujours respecté les règles mises en place, alors que nous avons passé cinq jours à ne pas savoir quand notre confinement prendrait fin. Nous nous sommes montrés solidaires, tous. Les coureurs ont accepté la situation. Ils se sont adaptés, au mieux. Ils n’ont pu rouler qu’à partir du 6e jour, et encore sur home trainer. Pourtant, je n’en ai entendu aucun se plaindre.

Rentrés en Europe, ils roulent de nouveau sur home trainer. Sans se plaindre. De nouveau. Ils s’adaptent à la situation. Nous sommes tous confinés, dans n’importe quel pays. Nous avons tous et toutes compris qu’il y avait plus important que Milan San Remo, plus vital que n’importe quel point UCI ou départ du Tour de France. On parle de santé, on parle de familles endeuillées, séparées, isolées. D’hôpitaux surchargés qui vont devoir choisir entre votre père ou votre mère pour administrer des soins corrects. De crématoriums qui, à l’image de la situation tragique à Bergame, se retrouvent avec trop de cercueils et doivent faire appel à l’armée pour évacuer les corps.

Alors, j’ai une pensée pour ceux qui n’arrivent pas à déposer le vélo pour deux petites semaines. Nous sommes en confinement. L’heure est grave. Nos hôpitaux commencent à être débordés. On ne nous demande qu’une seule chose : ne pas sortir de chez nous. Une majeure partie de la population a bien compris le souci, quand une minorité continue de gâcher l’effort collectif qui s’est mis en place. Pour quoi ? Nous sommes « en guerre », comme l’a martelé le président de la République. Pas en vacances. Ce n’est pas l’occasion de « borner à mort », de faire péter les KOMS sur Strava, et s’affûter bien sévère pour l’Etape du Tour. Car à ce rythme, à cause de ces actes égoïstes, il n’y aura pas d’Etape du Tour. Il n’y aura pas de Tour. Il n’y aura plus de saison tout court.

C’est le moment de jouer collectif. Non, les réflexions du type : « je prends aucun risque, je suis en campagne je croise personne », ne nous aident pas. Certes, vous avez moins de chance d’être contaminé ou de contaminer à votre tour quelqu’un, mais : 1. cette part de risque existe, 2. vous pouvez vous blesser pendant votre entraînement, et donc solliciter les pompiers, une ambulance et les urgences de l’hôpital qui ont franchement autre chose à gérer en ce moment. On en est arrivés au stade où certains regardent Strava, pour dénoncer ceux qui jouent les rebelles. J’aimeraient que ces derniers se rendent compte qu’on ne joue plus. Ce n’est plus le moment de jouer, avec sa vie, et celle des autres.

J’ai une pensée pour ces coureurs pros, dont c’est la dernière année de contrat. Une pensée pour ces amateurs, qui rêvent de franchir le Rubicon, et qui rongent leur frein en voyant tous les objectifs de la première partie de saison s’envoler. Avec ceux-ci, des espoirs en moins de pouvoir passer professionnel. Pourtant, ces personnes sont les premières à faire passer ce message sur les réseaux sociaux : RESTONS CHEZ NOUS. Si eux en sont capables, alors que leur futur en dépend, pourquoi pas les autres ?

Je déteste faire ma moralisatrice, donner des leçons. J’en ai un peu assez de passer mon temps à répondre à des commentaires qui sont parfois désobligeants. Le cyclisme que j’aime, c’est quand un coéquipier donne tout ce qu’il a pour son leader. C’est quand ce leader le remercie par la suite. Le cyclisme que j’admire, que je respecte, ce sont ces membres du staff, ces personnes de l’ombre qui font tout pour faciliter la vie des coureurs, avec un bon ravito, des massages efficaces, des vélos bien préparés. Ce sont ces moments, vécus dans la victoire ou dans la défaite. A Abu Dhabi, j’ai compris ce que le mot « équipe » signifiait vraiment. Aucune personne n’a été laissée de côté, alors que nous n’étions plus en course. Nous nous sommes tous soutenus, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Aujourd’hui, c’est mon 14e jour de confinement. Et pourtant, je ne me plains pas. Je respecte les règles mises en place. Montrons-nous solidaires. Aidons les organisations à se relever. Soutenons nos proches sportifs qui respectent ce confinement, au détriment de leur saison, de leur carrière, en cette année olympique. Et restons chez nous.

3 comments on “Lettre à la planète cycliste

  1. Manu dit :

    Bravo Mathilde !
    On ne peut qu’être d’accord avec ces quelques mots magnifiquement écrits.
    Passionné de cyclisme avec des objectifs cette année, éducateur avec des entraînements à construire pour nos jeunes, je fais passer la santé de mes proches et des autres avant le vélo.
    Nous ne reviendrons que plus fort après et ferons honneur aux organisateurs.

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  2. Guiborel dit :

    Juste merci😊

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  3. Segalen dit :

    Tout ça est tellement vrai, vive le vélo et soyons patients, ce n est que partie remise avec encore plus d envie 🌞🚴

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