Les portes de l’Enfer mènent au paradis

« Les portes de l’Enfer mènent au paradis ». C’est cette phrase qui accueille chaque année les coureurs de Paris-Roubaix, sur le vélodrome nordiste. Certains disent que c’est la plus belle de l’année. D’autres, la plus hasardeuse, où chaque homme peut avoir sa chance. 

Les pavés sont à double tranchant. Ils peuvent être un supplice pour ceux qui souhaitent à tout prix terminer la course qui les a fait rêver gamins, qui parfois même les a poussés à prendre une licence quand ils n’étaient encore que des écoliers. Mais ils peuvent aussi apporter quelque chose de plus grand, qui ne se mesure pas : une entrée directe dans l’histoire du cyclisme. Une échappée, un passage en tête dans la Trouée d’Arenberg, une arrivée sur le vélodrome. Un passage par les douches mythiques jonchées des noms des vainqueurs de l’épreuve. Parfois, même, une place d’honneur qui vient récompenser ces efforts consentis à l’entraînement.

Je crois que Paris-Roubaix n’a pas d’égal, du moins en France. A la télévision, c’est peut-être une des seules courses qui se regarde en intégralité. Pour le grand public, c’est l’une des courses, avec le Tour de France, qui « parle ». Pour le coureur, c’est le genre de course qui concrétise un rêve de gosse, à l’image d’un Grand Tour ou d’un autre Monument. C’est l’épreuve qui fait rêver ton grand-père, qui a connu les victoires de Roger De Vlaeminck ou de Felice Gimondi, ton père, et tes potes du club de ton enfance (bercés aux exploits de Boonen et Cancellara).

30443458_1926499197391482_2034484523026087936_o

Sur place, ce sentiment est décuplé. Certains secteurs pavés longent l’autoroute qui mène jusque Lille. 364 jours de l’année, on ne prête pas attention à ces chemins parfois empruntés par des randonneurs ou des cyclistes chevronnés. Et ce 365e jour, les regards dévient automatiquement à ces endroits, gorgés de monde. Les drapeaux sont en l’air, les tables de pique-nique sont de sortie, la bière coule à flots. « Ils sont à Haveluy ! » Au fur et à mesure que les coureurs se rapprochent, on réfléchit aux prochaines coupes à effectuer pour les voir encore deux ou trois fois. La tension monte au contact des premières motos de photographes. La poussière qui s’en dégage vient rajouter une couche de mysticité à cette belle journée. Les tambours commencent à annoncer le passage des damnés du jour, voués à se battre dans l’Enfer du Nord.

Et les voilà qui arrivent. Entre les hourras d’une foule conquise, on entend le fracas des vélos. On voit la concentration chez les principaux favoris, certains visages sont déjà plus fermés. Un rictus de souffrance s’échappe, parfois. Paris-Roubaix, c’est le genre de course dont tu as rêvé, plus jeune. Une fois au départ, tu es heureux. Tu sais que la journée va être la plus dure de ta vie, mais quelque part c’est pour ça que tu es là. Dans le bus, quelques minutes encore, tu discutais avec tes coéquipiers, en installant tes oreillettes et en te servant un dernier café. Maintenant, c’est la guerre. Chacun pour soi.

30571230_1926499167391485_256969117385359360_o

Paris-Roubaix, on y va avec ses armes. Avec son coeur. Avec ses tripes. On donne tout sur ces pavés. On se bat pour une 100e place, car s’il y a bien une course que l’on souhaite terminer, c’est celle-ci.

Arrive le vélodrome. Le paradis tant attendu a donc la forme d’une piste. La foule en a déjà envahi les bords. Un tour, et l’Enfer du Nord aura été une nouvelle fois vaincu. Vainqueur comme dernier arrivé, héros du jour comme guerrier anonyme, tous ont dépassé leurs limites. Certains s’allongent sur l’herbe au centre du vélodrome. Le visage est bien souvent tordu par la douleur, la fatigue, la poussière. Pendant ce temps là, ils sont encore quelques uns à entrer dans ces derniers 200m de la journée. Peu à peu. C’en est fini du supplice. Du moins, jusque l’année prochaine.

Publié par

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s