Les Emirats, nouvel eldorado du vélo ? Immersion dans le Tour de Sharjah

Le Tour du Sharjah vient de s’achever. Du 24 au 27 janvier, cette épreuve relativement jeune a lancé la saison cycliste 2018 au Moyen Orient. Au départ ? Les équipes françaises Vital Concept (avec Bryan Coquard), Marseille Delko KTM, mais aussi Willier Trestina et d’autres équipes locales. J’y ai passé toute la semaine, en tant que photographe officielle. De cette position, j’ai pu observer. Analyser cette vision si particulière du cyclisme, sans donner de leçons.  

Pour nous, Français.es, Européen.ne.s, le cyclisme fait partie des traditions de notre pays. Le Tour de France est un monument indécollable du mois de juillet, et nos week-ends (pour les passionnés) sont bercés par les différentes épreuves qui sillonnent notre région. Aux Emirats, c’est différent. Tout est différent.

Une autre manière de voir le cyclisme

En Europe, le cyclisme est pour nous une affaire de famille, de tradition. On se déplace pour aller voir le copain, le frère, le père. On transmet sa passion à nos proches. On fait du Tour de France ou des Boucles de l’Aulne un rendez-vous annuel incontournable. Un moment en famille, entre amis.

Ici, le cyclisme n’est rien de tout cela. Ce n’est pas pour autant que c’est une mauvaise chose. Certes, il n’y a pas beaucoup de monde sur le bord des routes. Mais j’en ai toujours vu plus que sur la dernière édition, en 2016. Aux Emirats, les gens ne sont pas passionnés de vélo. Ils ne connaissent pas Peter Sagan (et honnêtement ils s’en fichent pas mal que Bryan Coquard ou Rebellin soient au départ). En revanche, ils sont curieux. Pendant ces quatre étapes, j’ai traversé de nombreux villages, de nombreuses villes. A chaque fois, il y avait du monde sur le bord des routes. Pas pour la course en premier lieu, certes, mais ces personnes sont quand même restées, intriguées. Lors de la 4e étape, qui se déroulait en circuit, beaucoup sont restés sur les barrières, du départ de la course amateurs à 7h du matin, jusqu’au podium final à 13h.

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Je garderai en mémoire cette petite fille, qui s’était postée sur un rond-point avec sa chaise et son père non loin de là. Tous les tours, elle n’encourageait pas les coureurs, mais elle les regardait avec un énorme sourire. Il n’était pas difficile de voir que c’était pour elle la première fois qu’elle voyait ce genre de spectacle.

Un parcours prometteur

Non, les Emirats ne sont pas tout plats. Le parcours du Tour de Sharjah par exemple présente de nombreuses qualités. Un chrono individuel, une étape de plaine (avec possibilité de bordure dans le désert), une de montagne, et enfin une dernière étape en circuit, dans la ville de Sharjah. Bref, tout pour plaire à une équipe professionnelle en tout début de saison.

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Et puis, pour ceux qui ont regardé l’épreuve à la télévision, il est impossible de ne pas reconnaître l’intérêt télévisuel de ce genre d’épreuves. Les images du peloton dans le désert étaient tout simplement magnifiques, de même pour celles dans la montagne ou encore au beau milieu des gratte-ciels de Sharjah. Le but en créant cette course était de faire connaître cette région au monde entier. Avec un tel parcours et surtout l’appui de la télévision, cette épreuve présente les atouts qu’il faut pour progresser.

Une organisation qui a des progrès à faire, mais en constante amélioration

Qui dit course à la notoriété grandissante, dit organisation devant répondre à certains critères d’exigence. Non, le Tour de Sharjah n’a pas la précision d’un Tour de la Provence, ni même la logistique d’une Etoile de Bessèges. MAIS, grâce au soutien d’une équipe française qualifiée et expérimentée, cette épreuve progresse.

Le directeur de course, qui était pour la première fois de sa vie à ce poste, s’est par exemple rendu sur le Tour de l’Ain l’an dernier. Le but ? Découvrir tous les rôles, tous les mécanismes nécessaires pour le bon déroulement d’une épreuve à étapes. Cette année, il y avait des miss sur le podium protocolaire. Des accréditations aussi. Tout était plus cadré, plus professionnel. Moins fait à la va-vite. J’ai vu sous mes yeux les progrès de cette compétition.

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Non, tout n’était pas parfait. Mais je trouve que ça a du bon, cela nous force, coureurs, staff, photographes, à remettre en question notre pratique, qui est trop souvent la même en Europe et ailleurs dans le monde. On ne peut pas demander à ces épreuves, qui restent tout de même « petites » à l’échelle des Grands Tours ou même des courses d’une semaine, de ressembler à celles qu’on a l’habitude de couvrir.

Quand j’ai pris pour la première fois l’avion en octobre 2016 pour me rendre sur cette course, j’étais curieuse de voir ce qu’était le cyclisme au Moyen-Orient. On m’avait rabâché ces clichés, comme quoi la petite reine n’avait pas sa place dans ces pays de la démesure.

Et finalement, j’y ai pris goût. Je me suis attachée à cette course. Qui malgré le peu d’éditions, les petits couacs d’organisation, mérite qu’on s’intéresse à elle. J’y ai découvert une certaine richesse. Un dépaysement, entre les gratte-ciels démesurés, et le désert imposant. J’ai appris à m’adapter.

Je lis les commentaires, qui sont nombreux, à dire que c’est terrible pour le cyclisme que des courses se déroulent là-bas, qu’il n’y a aucun intérêt. Au contraire, je trouve que cela prouve la bonne santé du cyclisme international, dont la mondialisation ne connaît plus de limites. Cela peut amener de nouvelles épreuves, de nouveaux investisseurs… peut-être moins stables et avec d’autres fonctionnements que ceux auxquels nous sommes habitués, mais qu’importe. Tout cela me donne déjà envie d’être à l’année prochaine. Et être de nouveau témoin de la progression de cette belle épreuve.

 

 

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