Froome, dopage… ces mots et maux qui touchent le cyclisme

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe ce matin : Christopher Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, auteur du doublé historique TDF – Vuelta, a été contrôlé « anormalement » lors de la 18e étape du Tour d’Espagne. Si on ne peut parler pour l’heure d’un contrôle positif, le mal est fait. Encore…

Peut-on vraiment parler de dopage ? Pas encore. Explications : le salbutamol est un bronchodilatateur utilisé pour traiter l’asthme. Il est autorisé par l’Agence Mondiale Antidopage jusqu’à 1600 microgrammes en 24 heures. Ce produit n’est autorisé que par inhalation. Encore récemment, Xavier Bigard, qui travaille au sein de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD), assurait à l’AFP que son inhalation « n’a pas d’effet sur la performance ».

Le 7 septembre dernier, au soir de la 18e étape de la Vuelta, Christopher Froome a donc été contrôlé. Les résultats ont été décrétés « anormaux », du fait de la présence de salbutamol à une concentration de 2.000 nanogrammes par millilitre » d’urine ». L’échantillon B confirme les résultats du A.

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Au delà de 1000, le sportif concerné doit prouver à l’AMA « que ce résultat anormal est la conséquence de l’usage d’une dose thérapeutique (par inhalation) jusqu’à la dose maximale » autorisée. En cas de preuves non recevables, le salbutamol aurait pu être ingéré d’une autre manière, et surtout avoir des effets anabolisants, ou masquant d’autres produits…

Mais pour l’instant, dans les faits cette affaire n’est pas (pour l’instant au moins), une histoire de dopage, de contrôle positif. C’est ce qui explique que Christopher Froome n’est pour l’instant ni suspendu, ni privé de sa victoire sur la Vuelta 2017. Il risque quatre ou deux années de suspension si la preuve de triche intentionnelle est apportée. Si ce contrôle anormal résulte d’une faute ou d’une négligence du coureur et de son staff, le Britannique peut voir sa suspension réduite, voire rétroactive, ou même annulée… Les prochaines semaines risquent d’être décisives.

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Encore une fois, le monde du sport s’est enflammé. Les twittos s’en sont donné à coeur joie, les pseudos spécialistes de la petite reine ont immédiatement demandé le bûcher…

MAIS UNE MINUTE. Rappelons d’abord que ce contrôle anormal n’a été rendu public par Sky et par l’UCI que ce matin, parce que le journal « Le Monde » et « The Guardian » avaient décidé de publier leur enquête à ce sujet aujourd’hui. C’était dans le droit du Team Sky et de l’UCI, mis au courant fin septembre du contrôle, de ne pas en parler avant puisque, encore une fois, il s’agit d’abord d’un contrôle « anormal », non positif. Et la nuance est importante. Dans cette histoire, les mots le sont autant que les chiffres.

Le mal est tout de même fait. Soulignons l’excellent travail des journalistes du Monde et du Guardian, qui ont bien fait de révéler cette affaire, et de pousser le Team Sky et Chris Froome à s’expliquer. Parce que le maître des Grands Tours se devait de montrer l’exemple, d’être le porte parole d’une génération qu’on espérait bien loin des fléaux qui ont touché leurs prédécesseurs. Alors quand il y a une faute, aussi bénigne puisse-t-elle être, il faut qu’il y ait une justification. Une vraie.

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Je suis mitigée quant à l’annonce publique de ce contrôle.

D’un côté je suis contente, parce qu’une fois de plus, notre sport n’épargne pas ses plus grands champions, et même avec un temps de retard, fait preuve de plus de transparence que tous les autres sports. Citez moi un sport qui aurait aujourd’hui placé dans une telle position son plus grand porte-parole. Personnellement, je n’en vois aucun. Il y a eu, il y a bien longtemps, Ben Johnson (athlétisme), ou même Justin Gatlin (athlétisme), Dan Carter (rugby)… Mais on parlait de contrôle positif, et non anormal. Le poids des mots, encore.

Et, si l’intention de triche volontaire est avérée, dans ce cas il faut qu’il y ait une sanction logique. En attendant, laissons le temps à Christopher Froome et au Team Sky d’apporter de vraies justifications.

En tant que passionnée de cyclisme, je reste tout de même triste. Triste de voir qu’à nouveau, une affaire vient pourrir l’image que ce sport tente de se construire depuis quelques années. Après les années Armstrong, après le fantasme du dopage mécanique, voilà que ce contrôle vient une nouvelle fois tout gâcher. Que retiendra le grand public de cette année 2017 ? Les 4e et 3e places de Pinot et Bardet sur le Giro et le Tour ? Le titre mondial de Cosnefroy ? Les performances de Calmejane, Démare, Gaudu ? Non, n’y pensez même pas. Ils ne retiendront que l’annonce de ce contrôle « anormal ».

Et si à mon sens il fallait absolument que cette affaire soit révélée, dans un souci de transparence, je ne peux m’empêcher d’avoir mal pour tous ces jeunes coureurs qui s’entraînent durement, sans rien demander à personne. Le passé de ce sport ne plaide pas en la faveur d’une confiance inébranlable dans ses principaux acteurs. Et il faut assumer ce passé, ainsi que les avancées qui en ont découlé. Certes, Chris Froome est la première victime (présomption d’innocence oblige) de ce déballage médiatique, juste après, il y a ces jeunes, qui vont subir directement cette affaire.  Et n’arranger en rien, les maux du cyclisme.

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